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Détail d'une activité 05/11/2006
Compte rendu du Marathon de New York Avant le marathon de New York, je ne m'étais pas vraiment posé la question de savoir comment j'allais rendre compte de notre aventure américaine...
J'aurais d? me préparer davantage, enrichir mon vocabulaire. Car aujourd'hui, mon clavier me semble ridiculement austère, pas apte pour un sou, pas de taille, avec ses quelques touches, à exprimer la démesure d' émotions, le tsunami de sentiments qui ont été les nÙtres au cours de ce qui a constitué l'apothéose, le couronnement de notre opération "26 Miles for Life". J'en ferai le bilan dans le cadre d'une autre rubrique, o? j'utiliserai davantage le pavé numérique que pour le présent compte rendu. Néanmoins, il m'est impossible de passer sous silence les messages d'encouragement qui ont plu sur nous lors des jours précédant notre départ. Que de regards amicaux... Quelle pression aussi... Je voudrais dire à toutes et à tous que nous avons perçu votre sympathie au-delà de l'Atlantique et que celle-ci nous a portés jusqu'à l'arrivée.
Après un voyage sans histoire dans un avion bondé de marathoniens ou d'aspirants marathoniens, nous avons immédiatement récupéré notre dossard au Javits Center, avant de nous ballader un peu dans Manhattan, histoire de retarder au maximum l'heure du dodo et de nous adapter au mieux et au plus vite aux six heures de décalage horaire.
Vendredi, nous avons déambulé plus que de raison dans New York et samedi matin, place au traditionnel Friendship Run, un prélude amical et non-compétitif au marathon, entre les Nations-Unies et Tavern on the Green, dans Central Park. Il a fallu faire attention de ne pas prendre froid, car la température était bien basse... Vous trouverez quelques photos prises à l'occasion de cette manifestation dans la rubrique photos sous "Int'l Friendship Run". Chaque participant était invité à courir sous les couleurs de son pays et nous n'avons évidemment pas hésité à brandir le drapeau européen tout le long des 4 miles du parcours. Ce fut un décrassage très agréable entre les gratte-ciels de la 6me Avenue, avant la très longue journée qui nous attendait dimanche.
Dimanche.... Réveil dès quatre heures et pas besoin d'aide extérieure pour être debout aussi tÙt. Mettons ça sur le compte du décalage horaire, pas sur celui de l'anxiété... Petit-déjeuner dans la chambre, tout derniers préparatifs (pansements, crèmes variées et autres détails qu'il serait inutile d'énumérer ici. D'ailleurs, vous n'auriez pas envie de savoir) et à 5 heures et demie, il est temps de nous diriger à pied vers Bryant Park d'o? partent les navettes à destination de Fort Wadsworth, au pied de Verrazano Bridge, le lieu du départ.
Il fait encore nuit, mais des marathoniens bariolés débouchent de toutes les rues, qui dans un sac poubelle percé de trois trous pour la tête et les bras, qui affublé d'une vieille couverture pour se protéger du froid, qui d'un couvre-chef absurde ou d'un vieux pull qui finira sur les trottoirs de Staten Island. C'est un fatras de guenilles, un exode aux relents de cour des miracles, saupoudré d'une bonne humeur qui s'exprime dans toutes les langues de la Terre...
La queue pour atteindre le flot ininterrompu des autocars est longue d'au moins 500 mètres, mais chacun s'y colle de bonne gr‚ce. Il n'y a pas d'impatience, ni de bousculade. Rien que des sourires et des remarques amicales. Tout le monde est heureux d'être là, de participer au plus grand marathon du monde.
Vient enfin notre tour. Il est déjà 6 heures 45 et le jour pointe. Mais le départ ne sera donné qu'à 10 heures 10... Alors, je me prends à espérer que le bus n'arrive pas trop vite à destination, histoire de pouvoir rester assis au chaud le plus longtemps possible. Car une fois sur place, il faudra composer avec le froid piquant qui s'est installé sur New York ce matin. Pas de surprise : mon voeu sera exaucé - ils le sont tous depuis 22 semaines- nous serons pris dans un embouteillage et n'arriverons à Fort Wadsworth qu'à 8 heures. Plus que deux grosses heures de patience, donc, avant le moment de vérité, ce moment que nous pensions improbable car si lointain.
Le temps de trouver un endroit à l'abri, d'installer notre camp de fortune (matériel prinicipal: l'édition dominicale du New York Times et une couverture dont je tairai l'origine), de nous emmitoufler, d'observer les rituels de chacun et il est déjà temps de nous approcher de notre box de départ. Mon dossard me donnerait droit à un départ à l'avant du peloton, mais il n'est pas question d'en profiter. Aujourd'hui, ma mission est claire: emmener Francesca au bout de cette distance fabuleuse. Et en bon état. Et dans la joie. Et avec l'envie de recommencer. Et, et, et....
Nous avons mis tous les atouts de notre cÙté ces derniers mois et Francesca a été remarquablement assidue aux entraînements. Tous les tests ont été concluants, depuis les 20 KM de Bruxelles en mai qui ont marqué le début de notre entraînement spécifique en trois phases, en passant par nos longues sorties (semi-marathon de Bruxelles, deux fois trente kilomètres etc). Pourtant. Pourtant, me voici brusquement agressé par les doutes, les craintes, les appréhensions. J'essaie de ne rien laisser paraître. Inutile d'inquiéter Francesca ou de troubler sa sérénité (que je devine apparente, elle aussi). C'est que l'aventure du marathon est toujours un pari plein d'aléas et d'imprévus... De plus, le tracé de la course new-yorkaise n'est pas des plus aisés et recèle pas mal de difficultés. Georges, un des accompagnateurs très sympa du groupe, connaît bien la course et m'a mis en garde hier: attention, le point culminant du marathon est peut-être atteint après à peine une borne sur Verrazano Bridge, mais le vrai casse-patte c'est le Queensboro Bridge, aux environs du 26me kilomètre, puis le très long faux-plat de la First Avenue et enfin la remontée de Central Park West. L'avenir nous apprendra en effet qu'il avait bien raison, le bougre.
10 heures 10, PAN. Enfin, je crois, parce que là o? nous sommes, loin loin derrière, nous n'avons rien entendu. Mais à en juger par les cris de joie et le hoquet qui secoue l'avant du peloton, c'est parti. Il nous faut quelques minutes pour franchir les tapis de contrÙle et tout-à-coup, ça y est. Nous sommes dedans. J'ai presque envie de me pincer... Alors tout ça n'était pas qu'un rêve? Ce moment semble irréel tant il était attendu. Tout le monde se met à trottiner... Tout doux, tout doux, il y a du monde. Georges avait raison: l'enthousiasme nous fait oublier que le premier kilomètre monte sec... Je jette un coup d'oeil à gauche. Francesca semble elle aussi se demander si elle rêve (et j'espère qu'elle ne me pincera pas). Au loin, la skyline de Manhattan nous nargue un peu.
Puis, c'est l'entrée dans Brooklyn. Là, les mots me manquent. Des dizaines de milliers de spectateurs nous encouragent, hurlent, chantent, rient, battent des mains... C'est extraordinaire. Francesca et moi avons imprimé notre prénom sur notre singlet et les gens nous encouragent, scandent notre prénom... C'est magique, c'est fou. Ce ne sont que "gimme five", "lookin' good","nice job" et "go runners". Les policiers, qu'on dirait venus d'une autre époque avec leur képi étoilé, ne sont pas en reste...
Les miles défilent et je découvre qu'il n'est pas si difficile que ça de courir un sourire aux lèvres. J'avais trouvé les publics irlandais, berlinois et... luxembourgeois (si,si) très enthousiastes, mais ce que nous voyons ici est sans commune mesure. Un spectateur a préparé une pancarte à l'attention des marathoniens: "You are all insane", mais je peux vous assurer que nous ne sommes pas les seuls.
Il y a des ravitaillements tous les miles et je me charge de récupérer de l'eau pour Francesca, parfois coupée de boisson énergétique (sinon à quoi servirait un coach expérimenté?). Nous avons adopté une allure confortable et Francesca respire confiance et énergie. Tous les 5 kilomètres, il y a un tapis de contrÙle qui enregistre notre passage et... génère automatiquement un e-mail à ma famille qui peut ainsi suivre notre évolution.
Tout se déroule à merveille, il y a même un très bref moment d'accalmie lorsque nous traversons le quartier juif, plutÙt indifférent à toute l'agitation qui entoure le marathon... Quelques (très) brefs instants de calme salutaires pour nos tympans. Pulaski Bridge, à la sortie du quartier polonais, marque la mi-course. Puis, c'est un bref passage dans le Queens avant l'épouvantable Queensboro Bridge, dont une portion est plongée dans l'obscurité totale. On en est au 16me mile, entre le 25me et le 26me kilomètre. Ca monte très fort et longtemps et Francesca souffre. Ce sera son seul moment de doute, m'avouera-t-elle, un peu plus tard. A ce stade, la plupart marche. Je tente de lui remonter le moral et lui fais remarquer que c'est difficile pour tout le monde: il n'y a qu'à regarder les visages de ceux qui nous entourent... Mais Francesca n'es t pas du genre à se consoler de la misère d'autrui. Puis, le pont se met à descendre. Un coureur commence à chanter Sinatra et sa voix résonne "New York, New York, I wanna be a part of it"... Au bout du tunnel, comme toujours, c'est la lumière.. Et à la sortie, c'est à nouveau un spectacle invraisemblable, dépassant l'entendement. Ils sont des milliards, des centaines de milliards à nous acclamer, à nous attendre, à nous accueillir en héros, nous, alors que le vainqueur en a déjà terminé depuis près d'une heure. Merci New York, thanks folks. Une haie d'honneur à plusieurs rangs, dans laquelle je distingue même le Rode LeÔw cher à mon coeur et à mon sang, nous accompagne tout le long de la First Avenue, à travers Harlem et jusqu'au Bronx.
N'empêche: Francesca a mal. Je ne doute pas d'elle, toutefois. Je sais qu'elle ira au bout et d'ailleurs, il serait impossible de faire autrement. Quitter la route, c'est littéralement risquer le lynchage... Elle sourit tout de même, frappe dans les mains des gamins qui nous encouragent, remercie la foule. Elle est du reste plus bavarde avec tous ces inconnus qu'avec moi. Je ne lui en veux pas. Nous n'en parlons pas vraiment, mais pensons tous deux très fort à Agata et Ennio qui, de là haut, nous observent avec bienveillance et sont probablement fiers de nous. Nous pensons à nos amis, à notre famille, à nos connaissances et collègues qui nous ont tant apporté ces derniers mois. Silencieusement, nous leur dédions nous foulées, même si, il faut bien le dire, celles-ci ne sont plus de toute première fraîcheur. Je me surprends à vouloir ralentir, à faire durer ce moment parfait. Nous sommes à présent dans le Bronx... Euh, oui, c'est vraiment sinistre. Nous y resterons juste le temps de nous faire encourager par le DJ rappeur local qui adapte son chant à notre passage "C'mon, c'mon Marc and Francesca, c'mon c'mon"... Puis quelques pas de danse au son du DJ suivant (c'était du ska).
Retour dans Manhattan. Marcus Garvey Park, un nom qui me parle, évidemment. Nous redescendons Harlem en direction de Central Park.
Francesca serre les dents... Tout le monde serre les dents. Depuis le 30me kilomètre, c'est Terra incognita pour elle qui n'est jamais allée au-delà de cette distance. You are all insane. Au rythme de 6 minutes de course, 2 minutes de marche, nous arrivons néanmoins à hauteur de Central Park West. C'est un faux-plat tout ce qu'il y a de plus antipathique. Mais la foule se fait encore plus dense, les encouragements encore plus chauds. Et tout ça pour le "back of the pack": les New Yorkais sont, au moins de ce point de vue, admirables. Après le long passage au pied des luxueux buildings, nous pénétrons enfin dans le parc pour les quatre derniers kilomètres. Dur, dur pour Francesca... Mais, bizarrement, elle reprend du poil de la bête, va jusqu'à s'inquiéter pour un coureur français à la dérive. Son visage reprend des couleurs. Son regard de l'éclat; probablement cet éclat dont elle voulait connaître la signification un beau jour d'octobre 2001, à l'arrivée du marathon de Venise. Dernier mile main dans la main et ça fait son petit effet: un spectateur lui hurle sa flamme et lui conseille de se débarasser de moi ("Get rid of Marc"). Nous accélérons, oui m'sieurs dames. Le dernier mile aura probablement été le plus rapide de toute la course. Impossible de canaliser notre enthousiasme. Columbus Circle, le speaker se rend compte, lui aussi, que le moment est historique et annonce notre arrivée imminente avant que nous ne puissions admirer notre foulée sur l'écran géant.... On en jette, y'a pas à dire. Derniers mètres, au tour de Francesca de vouloir faire durer le plaisir et de ralentir.... Puis, c'est la ligne, que nous franchissons en vainqueurs. Même incrédulité qu'au départ: est-ce que ce moment est réel? Oui. Nous l'avons fait. Francesca est marathonienne. Nouveau gros moment d'émotion lorsqu'un volontaire lui passe sa médaille autour du cou...
Le retour à l'hÙtel n'est même pas trop pénible. Et guess what? Le lendemain, Francesca en était déjà à évoquer New York 2007.
Marc.
Quelques photos de notre journée de dimanche se trouvent sous "Notre marathon de New York" à la rubrique photos. Les résultats complets du marathon sont publiés sur le site officiel du marathon de New York (lien dans la rubrique "liens utiles").

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